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Ce qu'on sait de l'amnésie infantile

Pourquoi oublie-t-on nos souvenirs d'enfance ?
Pourquoi oublie-t-on nos souvenirs d'enfance ?
Mindy Olson P (source)
Et vous ? Jusqu'où êtes-vous capable de remonter dans le temps ? Quels sont vos premiers souvenirs ? Peut-être quelques bribes ici ou là ? Moi par exemple, je me souviens d'un moment, en allant à l'école, chaussé de chaussures blanches, où l'herbe fraîchement coupée d'un parc, vient se coller à mes souliers. Je devais avoir 3 ans.
Il est plutôt rare de retrouver des souvenirs avant 3 ou 4 ans. Et d'une façon générale, de l'enfance. Et lorsque ces souvenirs resurgissent, comment être sûr qu'il ne s'agit pas d'inventions ? Différentes études sur les faux souvenirs montrent clairement que notre mémoire est capable de créer de toute pièce des événements qui n'ont jamais existé. Ou de s'approprier un passé qui nous a été raconté.

La mémoire des bébés

Si vous êtes parent, vous le savez mieux que quiconque : les nourrissons sont capables de vous reconnaître, mais aussi de certains jeux qu'ils ont pu pratiquer. Certaines études montrent d'ailleurs qu'un bébé est capable de se rappeler pendant 2 à 3 semaines une action simple après avoir joué. Un peu plus tard, l'enfant peut même formuler des souvenirs "autobiographiques" et récupérer un événement vécu. Comment expliquer dans ce cas que certaines choses soient retenues et d'autres oubliées ?

Oublier, ça n'est pas effacer

Le rôle de l'hippocampe est avéré
Le rôle de l'hippocampe est avéré
OpenClipart-Vectors (source)
Tordons déjà le cou à une idée reçue : l'oubli. Oublier ne signifie pas que l'information est détruite ou effacée, comme un disque dur d'ordinateur. C'est plutôt une incapacité temporaire ou permanente à récupérer un souvenir. On peut l'expliquer de différentes manières : de la pathologie en passant par le manque de réactivation ou tout simplement de motivation. La mémoire est une faculté très complexe et les chercheurs n'ont pas fini de se poser des questions à son sujet.
Dans le cadre de son développement, qui s'étend jusqu'à l'âge adulte (et qui, entre nous, continue d'évoluer toute la vie), il est très probable qu'une des raisons expliquant l'amnésie infantile réside dans ce processus de développement progressif.

Le rôle de l'hippocampe

 Une zone particulière à surveiller : celle de l'hippocampe. Son rôle est un peu celui de relayer les informations captées par vos différents sens dans différentes zones cérébrales. On sait par exemple que cette structure se développe jusqu'à 7 ou 8 ans. L'hippocampe est aussi impliqué dans la consolidation des souvenirs. Dès lors, on peut imaginer que cette région, en plein développement durant les premières années, n'a pas la maturité pour renforcer efficacement les informations mémorisées.

Le rôle du langage

 Une autre théorie couramment admise est celle de l'implication du langage dans la formation des souvenirs. Cette capacité de verbaliser - et probablement de s'approprier - conditionne la mémoire à long terme. Au cours d'une étude dans un service d'urgence, on a interrogé des enfants de moins de 2 ans et d'autres plus âgés qui avaient été blessés. Les enfants dont le langage était installé se rappelaient de cet événement plusieurs années plus tard alors que ceux qui ne savaient pas parler au moment de la blessure ne s'en souvenaient que très partiellement, voire pas du tout. Ce qui peut vous inciter, parents, à susciter le partage chez votre enfant : n'hésitez pas à lui demander ce qu'il a fait à l'école, avec qui il a joué et à quoi. En l'obligeant à verbaliser, il y a de grandes chances que vous favorisiez plus tard le rappel d'événements passés.

Le rôle de l'environnement

De nombreuses études ont également montré que pour favoriser les souvenirs autobiographiques, c'est-à-dire ceux correspondant à votre passé personnel, il y avait plusieurs conditions :
  • vivre et grandir dans un même lieu, avec les mêmes amis ou proches : par exemple, si vous avez souvent déménagé durant votre enfance, vous n'avez pas eu le temps de "prendre racine" et donc de consolider vos souvenirs. Un souvenir est extrêmement sensible au partage, à la réactivation. Ce que font la plupart du temps des amis de longue date. Par exemple, me concernant, j'ai grandi avec une bonne partie de mes camarades de maternelle jusqu'à mes 14 ou 15 ans (collège). Avant ensuite de prendre un autre chemin au moment du lycée puis des études.
  • avoir à sa disposition des documents commentés, datés : des photos, des vidéos, des coupures de presse. Bref, tout ce qui permet de contextualiser une vie.
  • faire partie d'une grande famille : c'est vrai que le rôle familial est très important. Il est plus facile de partager du vécu quand on a des frères et soeurs d'un âge plus ou moins similaire. On peut fréquenter les mêmes écoles, les mêmes profs et croiser ainsi des avis, des sensations, des préférences...
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Une découverte surprenante

La recherche sur la mémoire de l'enfant et l'amnésie infantile ne date pas d'hier. Une étude très récente, menée conjointement par Alessio Travaglia de l'Université de New-York et des médecins du Mount Sinai Hospital (New-York), a permis à des rats de retrouver des souvenirs de leurs premiers jours.
Pour enquêter, Travaglia et ses collègues ont impliqué des rats de 17 jours - équivalent à un enfant de 2 à 3 ans. Dans leur expérience, ils permettent aux bébés rats d'associer le côté d'une boîte à un choc afin de leur permettre de retrouver un chemin. Une fois cette association oubliée, au bout de plusieurs jours, l'équipe de Travaglia et ses collègues leur font subir un autre choc. "Soudain, ils ont récupéré le souvenir", dit Travaglia. Cela suggère que le souvenir est toujours là, mais pas immédiatement accessible.

Les souvenirs sont conservés

Cette étude tend à prouver que les souvenirs sont conservés quelque part et "attendent" d'être réactivés. L'équipe de Travaglia a également comparé le cerveau des rats jeunes et adultes, avant et après l'apprentissage. Ils ont constaté que plusieurs protéines augmentaient ou diminuaient en nombre dans l'hippocampe des rats. Ces changements ont été déclenchés par l'apprentissage. Une protéine, appelée BDNF[1], semble particulièrement importante. Lorsque l'équipe a injecté cette protéine dans de jeunes rats, elle a évité la perte des souvenirs dans le temps. "En théorie, il pourrait être possible de protéger les premiers souvenirs des enfants de la même manière", dit Travaglia. Cependant, il s'intéresse davantage à trouver des moyens de bloquer ou d'éliminer les souvenirs traumatiques - bien qu'il souligne qu'il n'est pas prêt à tester une telle approche chez l'homme qui pourrait être sujette à de nombreuses controverses éthiques.
Il reste que tous les chercheurs ne partagent pas l'avis de Travaglia : Patricia Bauer de l'Université Emory à Atlanta, en Géorgie, doute que les résultats puissent être appliqués aux personnes, car pour elle la mémoire humaine et celles des rats sont très différentes. Jonathan Lee, de l'Université de Birmingham, au Royaume-Uni, partage son avis mais pense cependant que les résultats pourraient avoir d'autres implications pour notre compréhension de la mémoire humaine. Notamment pour les personnes qui ont du mal à apprendre de nouvelles informations. Bientôt la solution ultime pour tout mémoriser ? A suivre...

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Notes :

[1] Facteur neurotrophique issu du cerveau, Brain-Derived Neurotrophic Factor. Voir sur Wikipédia : fr.wikipedia.org/wiki/Facteur_neurotrophique_d%C3%A9riv%C3%A9_du_cerveau

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