Ce qu'on sait de l'amnésie infantile

Mémoire et confiance en soi

Apprendre par Internet : vers une mémoire transactive améliorée ?

Internet est-il positif pour la mémoire ?
Internet est-il positif pour la mémoire ?
bykst (source)
"De toute façon, les enfants, depuis Internet, ils n'apprennent plus rien. Ils ne font plus d'effort. Nous de notre temps, on cherchait dans les livres"... Voilà ce que j'entends à chaque intervention de la part de participants, pour la grande majorité parents. Ils s'inquiètent de l'influence d'Internet sur la mémoire. Et vous ? Vous en pensez quoi ?
On va se mettre d'accord sur quelques points : Internet, c'est évidemment très pratique et ça permet d'avoir accès à une multitude d'informations à la demande. La tentation est donc grande de consulter cette immense mémoire numérique qu'est le Web. Et tout à fait entre nous, pour rien au monde je ne reviendrais en arrière.

Trouver les bonnes informations dans la bonne mémoire

Le tout premier conseil que je donne à mes "élèves" est celui-ci : si pour vous noter sur un post-it, prendre des notes, utiliser Internet est un aveu de faiblesse, c'est une erreur de jugement. L'être humain a toujours souhaité développer sa mémoire. Et quand il a compris que sa seule mémoire, biologique, ne suffisait plus pour tout stocker, il a imaginé des solutions externes : le papier, les livres, les mémoires numériques. Et ça marche : on a jamais eu accès à autant d'informations. La seule contrainte : bien ranger, et bien chercher. Et c'est sans doute là que les plus jeunes sont plus performants : s'ils ne mémorisent plus de la même façon, force est de reconnaître qu'ils savent remarquablement bien trouver l'information. Ce qui demande, en soi, une forme de mémoire.

Apprendre ou juste trouver l'information ? That is the question !

Quel impact d'Internet sur la mémoire ?
Quel impact d'Internet sur la mémoire ?
fancycrave1 (source)
La première erreur que nous pourrions faire, c'est de se poser cette question : quel impact pourrait avoir l'usage d'Internet sur la mémoire ? La vraie question serait plutôt de s'interroger sur quelle forme de mémoire Internet aurait-il de l'impact ? On peut imaginer que c'est plutôt bénéfique sur cette capacité à se rappeler d'une procédure : la recherche par mots-clés. Qui demande quand même un minimum de réflexion, de patience, de persistance même. L'interactivité en soi favorise l'effort. Ce qui n'est pas si mal.
A contrario, on peut se demander si, en procédant de la sorte, par un certain automatisme (on est plus dans une forme de mémoire procédurale), on ne régresse pas au niveau de la mémoire sémantique : celle qui stocke le sens, le savoir encyclopédique. Et qui, sans doute, joue un rôle important sur notre esprit critique. Car au final, ne devenons-nous pas des humains responsables, avertis, à partir de nos connaissances ? Si nous déléguons tout notre savoir à une mémoire externe, sans vraie appropriation, n'y a-t-il pas un risque d'uniformisation de la pensée ?
Se posent alors d'autres questions : qu'est-ce que la mémoire ? La faculté de stocker des informations dans une mémoire biologique pour les retrouver ? La possibilité de retrouver des informations sur des mémoires externes ? Un peu tout ça ? J'aurais tendance à penser que le vrai objectif aujourd'hui, c'est d'être capable de maîtriser toutes les formes de mémoire, y compris les artificielles. Pour faire simple : être capable de mémoriser en toute circonstance. Si je me retrouve dans la rue et que je n'ai "que" ma mémoire biologique pour retenir un nom ou un prénom, je dois pouvoir le faire. Si je suis dans une salle de conférence et que j'ai à ma disposition de quoi noter, le plus simple c'est de stocker l'information sur cette mémoire externe pour la retrouver plus tard.

Tout dépend de votre objectif

Au final, quel est votre objectif ? Par exemple, prendre des notes pour les partager ne nécessite pas forcément un travail d'appropriation personnelle. Je m'explique : quand vous prenez des notes, ça vous aide. Le problème, c'est qu'en prenant des notes vous ne stockez pas les informations dans votre mémoire biologique, mais bien sur une mémoire externe (le papier). Si vous voulez ensuite transmettre l'information du papier dans votre cerveau, vous devez "connecter" tout ça. Un peu comme quand vous passez d'un disque dur à un ordinateur : vous connectez les deux appareils avec un câble USB ou en WiFi pour transmettre ou dupliquer les informations désirées. Pour mémoriser de façon biologique, la connexion se fait par un traitement de l'information : transformer vos notes en schéma, traduire les mots que vous ne comprenez pas, créer des liens, faire sens... Et réactiver. Bref, un travail autrement plus contraignant qu'un simple câblage. Mais qui vous apporte un plus certain : une nouvelle vision sur le monde. Un éclairage nouveau. Un sentiment de progression.
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Internet nous rend-il idiot ?

Dans une étude récente, Betsy Sparrow[1], Jenny Liu[2], et Daniel M. Wegner[3] ont montré que les gens retenaient moins bien les informations qu'ils pouvaient retrouver facilement sur leur ordinateur. Les résultats des différentes études suggèrent que lorsqu'ils sont confrontés à des questions difficiles, les gens ont tendance à privilégier une recherche sur Internet ou sur ordinateur. Et lorsqu'ils anticipent cette action, le taux de rappel de l'information est plus faible. Mais par contre ils se souviennent plutôt bien de l'endroit où ils ont trouvé cette information.

Une nouvelle forme de mémoire : la mémoire transactive

Au départ, la mémoire transactive désigne une forme de mémoire collective dans laquelle les souvenirs sont répartis entre les différents partenaires ayant partagé une même expérience. La mémoire transactive reflète donc une sorte de division du travail entre les membres d’un groupe ou d’un couple dans l’encodage, le stockage et la récupération de souvenirs, chaque personne devant être capable de savoir qui sait quoi[4].
Imaginez ce concept mais à l'échelle mondiale : si la mémoire transactive se réfère d'abord au cercle proche, cette fois, via Internet, le partage se fait à un niveau nettement plus important : vous pouvez dès lors confronter vos expériences, vos connaissances avec celles du monde entier. C'est ce qu'on voit notamment sur les réseaux sociaux : on partage une visite, une rencontre et tout le monde donne son avis ou complète cette expérience.

Mémoire et intelligence

Reste que résumer la mémoire à ce simple processus de récupération de souvenirs est une insulte à l'intelligence humaine. Mémoire et intelligence sont liées. Le savoir ne consite pas à simplement stocker des informations : il faut aussi pouvoir s'en servir au quotidien de façon responsable et consciente. L'intelligence c'est aussi votre capacité à créer des liens entre les informations et à leur donner du sens pour être utiles. Et si donc vous vous contentez de stocker des informations sans raisonner, sans analyse, l'intérêt est moindre. Vous ne pouvez pas vous contenter d'être une machine à empiler des informations les unes sur les autres. La preuve : s'il est très intéressant d'apprendre par coeur ses tables d'addition, c'est surtout pour gagner du temps et vous en servir au quotidien. Imaginez un apprentissage de ce type que vous ne seriez pas capable de mettre en oeuvre dans votre vie. Quel intérêt ?
Les Google Glasses
Les Google Glasses

Total recall : c'est pour demain

Reste que le transhumanisme avance à grand pas. Le transhumanisme ? C'est ce mouvement qui prône les avancées de la science et de la technique pour améliorer l'être humain. Les cœurs artificiels, les mains "bioniques"... et bientôt des mémoires implantées dans notre cerveau ? Imaginez pouvoir tout enregistrer, seconde par seconde, tous les moments de votre vie. Science fiction ? Pas si sûr : des tas d'avancées récentes nous laissent supposer qu'à plus ou moins long terme, notre mémoire biologique ne fera plus qu'une avec les mémoires externes, artificielles. Regardez ce qu'il se passe : les mémoires externes deviennent de plus en plus importantes. On peut désormais stocker des Gigas sur une simple carte SD ! Google reprend ses travaux sur ses Google Glasses : demain vous pourrez enregistrer et stocker chaque moment de votre existence. En une commande vocale, vous pourrez retrouver ces informations dans votre champ visuel et les réactiver, les partager. Et après-demain ? Est-ce qu'on implantera une mémoire artificielle dans notre cerveau, en lien avec une webcam ?
Et vous, qu'en pensez-vous ? Quel est votre avis sur la question ? Peur ? pas peur ? Enthousiaste ? Donnez votre avis ci-dessous :

Sur le même sujet :

Notes :

[1] Département de Psychologie, Université de Columbia

[2] Département de Psychologie, Université du Wisconsin

[3] Département de Psychologie, Université de Harvard

[4] Source : memovocab.net/glossaire/glossaire_g-m/memoire-transactive.html

Vos réactions (3)

Merci pour tous vos conseils

par Hedi taoufik , il y a 1 an

Oui toutes les facultés humaines et surtout du cerveau humain ne sont pas encore exploitées. Seulement en faisant du transhumanisme, veillons à rester humains et ne pas tomber dans la dés-humanisme. L'éthique exigé des médecins doit, ici aussi être exigée.

par Demba , il y a 1 an

Tout à fait : s'agissant d'évolution artificielle, à quel moment l'homme n'en est-il plus vraiment un ?

par Vincent Delourmel , il y a 1 an

Certaines personnes peut influencer d'autres personnes seulement avec de la psychologie (implantation de faux souvenirs, traumatismes...).
Avec de telles extensions mémoire, ça deviendra au nouveau risque facile.
Est-ce que ces mémoires externes seront protégées contre ça ?
Est-ce que ces mémoires externes sauront stocker des émotions ?
Est-ce que nous aurons toujours confiance dans notre mémoire si on sait qu'une information peut être introduite artificiellement dans nos souvenirs ?
Je me pose peut-être trop de questions car à mon avis nous sommes au début d'une nouvelle erre ou à force de chercher à améliorer son cerveau, on va finir par se le faire pirater.

par Le Net Expert , il y a 1 an

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