La lecture rapide, popularisée notamment par la méthode Richaudeau, est un sujet très en vogue... car très souvent accompagné de l'argumentaire suivant : " lire vite permet de mémoriser plus vite ". C'est malheureusement inexact. Et ça explique pourquoi à ce jour je n'ai jamais vraiment soutenu les méthodes de lecture rapide.Je préfère, et de loin, la lecture efficace.
Explications : on le sait aujourd'hui, grâce à des appareils très shophistiqués comme l'Eye Tracker, qu'une information met un certain temps, très bref, pour être capté par la rétine. Cette information est ensuite dirigée vers d'autres systèmes d'encodages qui permettent de la décrypter. Tout ceci se fait à une vitesse étourdissante, de l'ordre de la milliseconde.Et quels sont les arguments de la lecture rapide ? C'est la capacité de lire vite, oui, mais aussi de comprendre ce qu'on lit, sinon, il n'y a aucun intérêt. Alors, oui, les stratégies consistant à écrémer un texte sont efficaces. Mais surtout sur un texte dont on perçoit la nature lexicale ! C'est à dire que, malgré tous vos efforts, si vous n'êtes pas médecin et que je vous demande de lire rapidement un texte de médecine comportant des mots que vous ne connaissez pas, vous ne lirez pas vite !Quelques chiffres pour bien comprendre le phénomène :Ces données, contrairement à ce qu'on peut croire, ne signifient pas que c'est la vitesse de saccade oculaire qui différencie un bon lecteur d'un mauvais lecteur... mais bien la nature de ce que l'œil prélève ! Plus le lecteur sait donner du sens à ce qu'il lit, mieux il prélève l'information.La lecture rapide est donc d'autant plus efficace que le lecteur maîtrise le thème de ce qu'il lit. Ce qui signifie que, pour optimiser sa capacité de lecture à tous les niveaux, il faut... lire, tout simplement ! Et pas seulement des romans : des magazines, des livres pratiques, des ouvrages traitant de domaines divers et variés etc... Comme la mémoire, votre capacité de lecture se développera et s'entretiendra dès lors que vous vous en servirez. Lisez, variez vos lectures et vous deviendrez un super lecteur, une super lectrice !
Alors, lire vite permet-il de mieux mémoriser ? En fait non, pas forcément. D'une part parce que si on se force à lire vite, on mobilise notre attention et notre concentration au maximum. C'est fatigant. D'autre part parce que lire ne veut pas dire forcément mémoriser. La mémorisation est limitée sur le court terme par ce qu'on appelle "l'empan mnésique". C'est à dire qu'au bout d'un certain nombre d'informations, environ 7 (6,5 pour être précis), elle sature. Il lui faut faire un break pour digérer l'information et repartir de plus belle.
Imaginez maintenant qu'on vous demande de lire à vitesse grand V un livre de 400 pages. Qu'aurez-vous retenu ? L'essentiel, peut être. De façon subjective, sûrement. Pour mémoriser, vous devez à un moment donné traiter l'information, la manipuler. Soit en la synthétisant par écrit, soit en la reformulant. Dans tous les cas, la mémorisation est un acte complexe qui demande du temps.
Ce qui signifie que plus vous aurez d'interaction avec ce que vous lisez, et mieux vous traiterez l'information : la recherche d'idées clés, anticiper ce que vous voulez savoir, favoriser la vision d'ensemble en prenant connaissance du sommaire... Prendre un stylo et crayonner, annoter, donner votre avis. Et, au final, synthétiser sous forme de résumé, mind-map ou schéma ce que vous avez lu : c'est à cette condition que vous favorisez la mémorisation. Bref autant d'actions qui ralentissent nécessairement votre lecture !C'est donc bien une lecture active qui donne de bons résultats. Si, par ailleurs, vous savez lire vite : parce que vous lisez souvent, parce que vous maîtrisez le sujet, parce que vous utilisez des trucs comme un guide visuel (qui est intéressant), alors vous devenez vraiment efficace.L'enjeu de la lecture rapide se situe à mon avis ailleurs : la recherche rapide d'informations. Si vous vous préparez à rechercher une information rapidement dans un texte, vous balayez du regard ce texte en restant attentif aux mots clés. Ces mots clés, que vous repérez via leur champ sémantique, c'est à dire leur sens, vous invitent à vous arrêter au bon endroit du texte : vous pouvez ainsi lire le passage qui peut vous intéresser.En 2017, l'enjeu c'est plutôt de trier l'information et de trouver ce qu'on cherche. Une grande majorité des gens achètent des livres, les ouvrent, les commencent et ne les finissent pas. La raison est simple : l'image, omniprésente, prend de plus en plus le pas sur la lecture, qui demande plus d'effort. Par ailleurs, nous sommes tellement bombardés d'informations, entre les réseaux sociaux, les emails, Internet de façon générale, la presse papier qu'on n'a clairement moins de temps à consacrer à la lecture. Surtout, notre capacité de persistance est moindre : rapidement, notre volonté s'épuise et on remet à plus tard. Surtout si le livre est mal scénarisé : incapable de retenir notre attention, on ne va pas au bout.
Si on part du principe que lire vite est plutôt destiné aux livres didactiques, une méthode simple consiste à lire de façon stratégique : en trouvant tout de suite le chapitre qui vous intéresse le plus. Celui que vous devez absolument lire pour satisfaire votre curiosité. Vous devez, pour ce faire, anticiper votre intérêt : pourquoi ou pour quoi avez-vous acheté cet ouvrage ? Qu'espérez-vous y trouver ? Que savez-vous déjà sur le sujet ? En vous posant ces questions en amont, vous favorisez la lecture active : vous savez ce que vous cherchez.La seconde étape consiste à engager votre vision globale : maintenant que vous avez identifié votre objectif, il vous suffit de décrypter le sommaire et de vous rendre directement au chapitre qui vous intéresse. Lisez-le, traitez-le et si c'est utile reprenez le livre depuis le début. Sinon, refermez-le et constatez que vous avez vraiment lu (ce que vous vouliez du coup) très, très vite ! Évidemment, cette approche dénature complètement ce qu'on appelle communément la "lecture rapide", mais n'est-ce pas au final la bonne méthode à notre époque ? La question reste ouverte !Vous ne mémorisez bien que ce que vous comprenez. Vous pouvez toujours lire ce que le regretté Alain Lieury[n] appelait "la carrosserie des mots" : le mot en tant que tel mais sans comprendre le sens. Et dans ce cas là comment voulez-vous retenir efficacement l'information ? Donc l'un des secrets d'une bonne lecture, et sans doute d'une lecture dite rapide, réside dans votre capacité à déchiffrer efficacement le vocabulaire : plus vous en avez, mieux vous lisez et mieux vous mémorisez.Donc, pour conclure : s'intéresser aux méthodes de lecture rapide est intéressant. Mais gardez bien à l'esprit que, si d'avance vous n'êtes pas un grand lecteur, une grande lectrice, vos progrès resteront limités. Surtout face à des documents ardus dont vous ne maîtrisez pas le vocabulaire. Et surtout, gardez bien à l'esprit que lire vite peut aussi vous enlever le plaisir de la lecture : personnellement, face à un bon roman, j'aime prendre mon temps et je regrette toujours que le livre soit déjà terminé !
Vos réactions (3)
Excellent podcast, vous avez appliqué la méthode que vous expliquez.
Claire, accessible et ré-applicable.
Merci pour ce partage utile.
Merci Medji.
Encore merci Vincent pour ces partages. Il est vrai que tu appliques avec brio cette approche, ici et dans toutes tes transmissions 😉
Pour l'anecdote, lors de ma dernière année d'études (à la fin du siècle dernier), on a appliqué, avec mon binôme, des éléments évoqués dans le cadre de l'educabilité cognitive pour l'apprentissage de la proportionnalité en mathématiques dans un CFA 😊
La fin du siècle dernier... C'est vrai, c'est vrai !!
Après chacun de vos podcast, je vais à la pioche aux infos.
C'est toujours très stimulant. Merci, Merci
Marie-Lise
Merci Marie-Lise !