L'enseignement de Douglas Kennedy
4901 lectures depuis jeudi 3 novembre 2011 à 21h59
Vous savez combien j'affectionne l'exercice de l'interview : rencontrer d'autres personnes, les interroger, essayer de comprendre leur fonctionnement, leur vision, j'ai toujours fait ça. En 1996, j'ai eu la chance de travailler pour un journal local, Rennes Hebdo, pour lequel je réalisais des micro-trottoirs, des portraits... Cette passion ne m'a jamais quittée depuis.J'aurais adoré interviewer Douglas Kennedy. Il était tout près de moi il y a encore quelques instants. Sauf que j'étais spectateur, au tout premier rang : sur le tard, j'ai appris que l'auteur tiendrait une conférence à l'occasion de la sortie de son dernier livre. Je ne pouvais pas rater ça. Non pas que son livre m'intéresse, même si je vais sûrement le lire, mais le personnage, oui !
J'ai lu deux livres de Douglas Kennedy : "Cul de Sac" et "L'homme qui voulait vivre sa vie". J'ai beaucoup aimé. Mais ce que j'aime surtout chez lui, c'est son parcours, que j'avais déjà lu ici et là. L'entendre en parler en live a été un véritable plaisir.
Bien qu'il soit plus connu en Europe que chez lui, Douglas Kennedy est né un 1er janvier 1955, à New York. C'est l'époque de la guerre froide : la menace d'une guerre nucléaire rôde. Son père est d'origine irlandaise, sa mère est juive allemande. Aussi, très tôt, il s'intéressera à l'histoire. En 1983, il décide de partir en voyage. Découvrir ses racines. L'Irlande, bien sûr, mais aussi la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Roumanie et l'Allemagne. De la partie Est, encore derrière le mur, il confie qu'il en garde une vision en "noire et blanc".
Quand on le questionne sur les raisons de son succès, il précise : "J'avais déjà 41 ans quand le succès est arrivé avec "L'homme qui voulait vivre sa vie". J'écrivais depuis 16 années. Vous savez, le succès est quelque chose de fragile. Je préfère parler de carrière. Ma carrière n'a pas commencé à 41 ans, c'est juste que tout s'est un peu emballé à partir de là ; mais il a fallu 16 ans pour que ça arrive. La vie d'un écrivain n'est pas forcément aussi idyllique qu'on veut le croire. C'est une vie de solitude. L'écrivain est seul. Je suis souvent en train de douter, aussi".
Je crois que ce passage est important : la raison d'un succès, d'un vrai succès j'entends, celui qui est durable, repose sur cette dimension du temps. Des personnalités comme Douglas Kennedy ont su planter des graines, poser des fondations qui font qu'aujourd'hui leur vie est réussie. Mais derrière toute réussite il y a de la rigueur, du temps, de l'effort, de l'action. L'auteur nous a confié aujourd'hui qu'il écrivait quoiqu'il arrive 1000 à 2000 mots par jour (cet article, à titre de comparaison, en contient un peu plus de 600). C'est son rituel, son effort quotidien. Il trouve son inspiration dans la rue et le quotidien, souvent tragique : "Tous, nous payons le prix de la vie qui est celui de la tragédie : chaque personne ici présente a vécu au moins une fois la tragédie. C'est le prix à payer pour vivre". Pour chaque livre, il possède une idée générale mais il se laisse ensuite "conduire".
Il se laisse "conduire" par une écriture qu'il accepte volontiers visuelle. Une écriture transposable à l'écran, comme ça a été le cas pour "L'homme qui voulait vivre sa vie". Il confie que "pour accrocher le lecteur, sur un long récit, il faut nécessairement avoir une écriture visuelle".
Grand voyageur, Douglas Kennedy vit aujourd'hui entre Paris et Berlin. Cette conférence d'un peu plus de 30 minutes m'a permis de découvrir une personne vraie, sincère et bourrée d'humour. Son succès est réel : la salle était archi comble et, la conférence terminée, ils étaient nombreux, très nombreux, à faire la queue pour une dédicace.




Merci pour ce partage. Je ne connaissais pas encore Douglas.
Grace à ton petit billet, je viens d'en découvrir un peu plus et je vais de ce pas voir ces livres.
Bonne journée à toi.
Christian
PS : ton retour de W2C11 c'est bien déroulé ? Le train t'a attendu ?